Le programme d’enseignement du cycle de consolidation (cycle 3, concernant les classes de CM1, CM2 et 6e) applicable à compter de la rentrée scolaire 2025 a fait l’objet d’un arrêté ministériel le 10 avril 2025, publié au Journal Officiel du 16 avril 2025.

Il apporte des changements dans le programme de français de la classe de sixième, qui clôture le cycle 3. L’année est dédiée à la concrétisation des objectifs pédagogiques de l’ensemble du cycle, au travers de trois compétences majeures : l’aisance de l’expression orale, la compréhension de textes adaptés à la tranche d’âge, la capacité à organiser les éléments de son discours. Le ministère définit comme pilier de cette réussite la lecture, qui doit contribuer à l’exercice de l’écriture et nourrir l’imaginaire.

1. Lecture, lectures

François Boucher, Les Génies des arts (détail : la musique), 1761, huile sur toile, 320 x 320 cm, Musée des beaux-arts, Angers, France

François Boucher, Les Génies des arts (détail : la musique)

Le mot lecture renvoie implicitement à l’écrit et donc au livre. Cependant, au-delà de son acception littérale, la lecture se définit plus largement comme un acte d’observation, préalable à une interprétation au filtre de connaissances. On peut ainsi, comme nous y convie Nadeije Laneyrie-Dagen, Lire la peinture1, mais aussi la musique. Le programme invite d’ailleurs à la découverte d’autres objets de lecture que celle du texte.

Désormais, on ne parle plus d’histoire de l’art, ni même d’histoire des arts (HidA), mais de « prolongements artistiques et culturels ». Dont acte. Quelle que ce soit la terminologie utilisée, la découverte de l’art en classe reste à la discrétion de l’enseignant, qui peut ne pas sentir vraiment légitime pour répondre au volet artistique du programme de « culture littéraire ET artistique ». Ce serait pourtant se priver d’un certain nombre d’opportunités.

2. Pourquoi des « prolongements artistiques et culturels » ?

François Boucher, Les Génies des arts (détail : la peinture), 1761, huile sur toile, 320 x 320 cm, Musée des beaux-arts, Angers, France

François Boucher, Les Génies des arts (détail : la peinture)

Tout d’abord, l’étude d’une œuvre d’art est l’occasion d’un moment disruptif avec les élèves. L’absence d’évaluation obligatoire libère l’enseignant des contraintes qui y sont associées. L’apprentissage peut ainsi se dérouler de manière plus libre, détendue et ludique. La dimension stimulante de la découverte artistique s’intègre d’ailleurs parfaitement aux objectifs du cycle 3, qui encourage l’initiation par le jeu, en introduction ou conclusion d’une séquence. C’est aussi un moment de possible respiration au milieu de l’étude d’une œuvre intégrale, lorsque les élèves fatiguent ou se lassent.

Arts et littérature entretiennent une relation forte. Au Ier siècle de notre ère, le poète Horace avait déjà relevé cette interaction, avec son adage « ut pictura poesis » (comme la peinture, la poésie). De l’Antiquité à notre époque contemporaine, la littérature a inspiré une multitude d’œuvres artistiques, donnant ainsi forme, corps et couleurs aux textes, et offrant diverses interprétations d’un même sujet selon l’époque et le contexte.

Cette relation privilégiée des diverses formes d’art et de la littérature est aussi un levier important pour les élèves rencontrant des difficultés de compréhension du texte écrit. L’image ou la forme artistique offrent une porte d’accès supplémentaire à l’appréhension de la littérature.

Les différentes formes d’expression artistiques sont autant d’occasions de l’exploration de nouveaux champs lexicaux et sont une source de vocabulaire supplémentaire pour les élèves. Le lexique qu’ils acquièrent peut ainsi être réinvesti dans les exercices d’écriture et nourrir leur propre créativité.

La découverte d’œuvres d’art montre aux élèves la grande variété des expressions créatives comme des cultures du monde. Ils

François Boucher, Les Génies des arts (détail : la sculpture), 1761, huile sur toile, 320 x 320 cm, Musée des beaux-arts, Angers, France

François Boucher, Les Génies des arts (détail : la sculpture)

peuvent ainsi questionner la notion de patrimoine culturel dans toute sa diversité, s’interroger sur les techniques et outils utilisés, comprendre leur évolution à travers le temps, établir ainsi des repères historiques, chronologiques et géographiques.

Pour certains élèves, les prolongements artistiques et culturels peuvent représenter leur seul accès possible à l’art.

Enfin, l’ouverture à l’art est aussi l’occasion d’évoquer des métiers peu médiatiques et méconnus de beaucoup d’élèves. Ils sont présents à leur esprit, ce qui leur permettra de potentiellement s’y intéresser à l’avenir, sans engendrer de vocations immédiates.

Si vous souhaitez un complément d’information sur le sujet, n’hésitez pas à vous référer à l’article « Pourquoi étudier l’histoire de l’art ? ».

3. Les thématiques artistiques et culturelles

François Boucher, Les Génies des arts (détail : l'architecture), 1761, huile sur toile, 320 x 320 cm, Musée des beaux-arts, Angers, France

François Boucher, Les Génies des arts (détail : l’architecture)

En classe de sixième, le programme de français prescrit cinq thématiques permettant d’explorer diverses formes littéraires (récit, roman, théâtre, poésie, épopée, conte…) :

Chacune d’entre elles est assortie de préconisations de pistes de « prolongements artistiques et culturels », sous forme d’une liste restreinte. Il ne faut cependant pas les considérer comme impératives, ni limitatives. Il peut être tentant, pour les professeurs de français, de s’en tenir à cette courte énumération. Non par facilité, mais parce qu’explorer le vaste champ des réponses artistiques ouvert par chaque thématique demanderait un temps dont les enseignants ne disposent pas.

4. Réduire la charge de travail des professeurs

François Boucher, Les Génies des arts (détail : le dessin), 1761, huile sur toile, 320 x 320 cm, Musée des beaux-arts, Angers, France

François Boucher, Les Génies des arts (détail : le dessin)

Il est probable, voire évident, que la charge de travail des enseignants constitue un frein à la mise en place de prolongements artistiques et culturels. C’est pourquoi, en tant qu’historien de l’art passionné, j’ai décidé de mettre mes compétences aux service de la diffusion de la culture artistique. Ma contribution prend la forme d’outils éducatifs, clés en main. Chaque activité est conçue autour d’une œuvre et calibrée pour une séance d’une heure.

L’ambition première des activités que je propose est la découverte : diversité des formes, des thématiques, des époques et aires culturelles. Les questions posées, qu’elles soient ouvertes ou guidées, visent avant tout à développer le sens de l’observation : apprendre à regarder plutôt que simplement voir. Prendre le temps de lire l’image ou la forme, en portant une attention particulière aux détails visuels. En parallèle, ces activités encouragent la mobilisation des connaissances et outils des élèves : lire et répondre à des consignes, décrire ce qu’ils voient à l’écrit ou à l’oral.

Notes et Glossaire

  1. Laneyrie-Dagen Nadeije : Lire la peinture. Dans l’intimité des œuvres, Collection : Comprendre et reconnaître. Paris : Larousse, 2019.
  • Illustrations : François Boucher, Les Génies des arts, 1761, huile sur toile, 320 x 320 cm, Musée des beaux-arts, Angers, France