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La Préhistoire est la période la plus longue de l’histoire de l’Humanité. Sa connaissance est donc essentielle pour comprendre ce qui caractérise l’être humain : croyances, craintes, aspirations, sociabilité. L’une des seules voies praticables vers cette compréhension est l’histoire de l’art, aidée par l’archéologie et la paléontologie, pour appréhender les nombreux vestiges retrouvés. Mais, jusqu’à présent, nous ne pouvons que formuler des hypothèses. Celles-ci sont d’ailleurs régulièrement remises en question. L’appareillage scientifique de plus en plus pointu permet de nouvelles découvertes, débouchant sur de nouvelles théories.

1. Qu’est-ce que la Préhistoire ?

L’apparition des premiers hominidés, se distinguant physiologiquement de grands singes, daterait d’environ 7 millions d’années. Mais la foisonnante famille homo émerge, en l’état des connaissances actuelles, il y a environ 3 millions d’années. C’est cette date approximative que les historiens retiennent comme le début de la Préhistoire. Celle-ci prend fin avec l’apparition de l’écriture et donc des premières traces manuscrites laissées par nos ancêtres. Cette césure est pratique, mais elle présente un inconvénient : l’écriture ne s’est pas manifestée au même moment partout sur la planète.

La Préhistoire, trop longue pour être appréhendée dans son ensemble, est divisée en fonction de l’évolution de l’humanité :

  • Le Paléolithique (≈ -3 300 000 – -14 500) couvre toute la période pendant laquelle l’homme est nomade et chasseur-cueilleur. Il commence avec l’apparition des premiers outils utilisés par les hominidés pour s’achever avec le ralentissement du nomadisme d’Homo sapiens. Il est généralement découpé en trois ou quatre périodes majeures :

Frise chronologique du Paléolithique, partie 1 :
Des premiers outils des hominidés au ralentissement du nomadisme d’homo sapiens

  • Le Paléolithique archaïque (≈ -3 300 000 – -1 760 000) débute avec les premières pierres taillées et s’achève avec celle du biface.
  • Le Paléolithique Inférieur (≈ -1 760 000 – -450 000) délimite la période au cours de laquelle les hominidés ont perfectionné le biface, jusqu’à la maîtrise du feu.
  • Le Paléolithique Moyen (≈ -450 000 – -45 000) est marqué par l’apparition de nouvelles techniques de taille de pierre, des premières sépultures et parures. Il s’étend jusqu’à la fin de l’expansion d’homo sapiens de l’Afrique vers l’Asie et l’Océanie.
  • Le paléolithique supérieur (≈ -45 000 – -14 500) court de l’arrivée d’homo sapiens en Europe, jusqu’à la fin du nomadisme. C’est la période la plus riche en matériel archéologique avec l’explosion de l’art pariétal et mobilier.

Frise chronologique du Paléolithique, partie 2 :
De l’arrivée d’homo sapiens en Europe à la sédentarisation

  • Le Mésolithique (≈ -14 500 – -8 500) voit la sédentarisation d’Homo sapiens.
  • Le Néolithique (≈ -8 500 – -3 000) désigne la période où Homo sapiens devient agriculteur, puis éleveur. Les outils en pierre polie se généralisent et précèdent le mégalithisme.
  • L’âge du bronze (≈ -3 000 – -1 100) est une période complexe à dater; les foyers culturels ne se développent pas tous au même moment sur la planète et n’ont pas une évolution linéaire. Il commence vers – 3 000 en Anatolie, mais 1 000 ans plus tard en Chine. Il se caractérise par le développement de la fusion du métal et la création d’alliages.
  • L’âge du fer, par convention, débute vers – 1 100 dans le monde méditerranéen. Mais, là encore, l’utilisation du fer ne débute pas partout au même moment. La fin de cette dernière période est également difficile à cerner, car elle débute dans certaines zones géographiques, alors que d’autres sont déjà entrées dans la Période Historique avec l’apparition de l’écriture.

Frise chronologique du néolithique et de l’Âge du Bronze :
De la sédentarisation aux premiers usages des métaux

2. Le Paléolithique Supérieur : la naissance de l’art ?

Dessins des dernières Vénus paléolithiques découvertes

Dessins des dernières Vénus paléolithiques découvertes, encore étudiées, faisant polémique

Le Paléolithique Supérieur est la période au cours de laquelle l’art foisonne. Il serait plus juste de dire que c’est la période pour laquelle nous avons la plus grande quantité de matériel archéologique, les techniques et les formes les plus diversifiées, l’apparition de l’art figuratif avec des représentations d’un réalisme et d’une finesse d’exécution parfois impressionnants.

Par convention, l’art serait donc apparu durant cette période. Mais ce n’est pas exact. De récentes découvertes remettent en question ce postulat. La Vénus de Berekhat Ram (≈ – 230 000), trouvée sur le plateau du Golan en actuelle Israël, datée d’environ -230 000 ou la Vénus de Tan-Tan (≈ -500 000 / -300 000), découverte dans la vallée du Draa au Maroc, créent de houleux débats au sein de la communauté scientifique. De plus, rien n’infirme que les homo n’aient pas créé d’œuvres à l’aide de matériaux périssables comme les végétaux ou le bois.

L’art préhistorique est divisé en trois principales catégories :

  • L’art pariétal regroupe toutes les représentations réalisées sur des parois de grottes ou abris sous roches
  • L’art rupestre ou pétroglyphe rassemble les œuvres (peintures, gravure et même bas-reliefs) réalisées sur des rochers en plein air
  • L’art mobilier englobe toutes les productions artistiques que nos ancêtres encore nomades pouvaient transporter lors de leurs migrations (armes, outils, parures, sculpture principalement).

3. Comment peindre au Paléolithique Supérieur ?

D’une vision linéaire au relativisme

Paroi de la grotte Chauvet

Paroi de la grotte Chauvet représentant chevaux, aurochs et rhinocéros

Il a longtemps été admis que l’art suivait une évolution quasi linéaire : des formes simples vers formes les plus complexes, des représentations simplistes aux plus sophistiquées. Cette conception induite par notre approche darwinienne de l’évolution de l’Homme, a volé en éclat avec la découverte de la grotte Chauvet. Inventée (terme consacré dans le langage archéologique) en 1994, elle contient plus d’un millier de représentations d’une qualité et d’un réalisme saisissants. Elle est pourtant l’une des plus anciennes grotte ornée au monde et précède de près de près de 18 000 ans la grotte de Lascaux pourtant surnommée « la Chapelle Sixtine de la Préhistoire » (expression très marketing destinée à inciter à la visite). Les archéologues conviennent donc maintenant qu’il n’y a pas d’évolution de l’art pariétal, mais simplement des caractéristiques propres à chaque grotte ornée et une diversité de formes. Il en est de même sur le plan technique. Que ce soit la peinture, la gravure ou le bas-relief, les techniques se sont côtoyées dès le début. Suivant les grottes, certaines prédominent sur d’autres en fonction des choix réalisés par les artistes.

Des techniques déjà pensées et élaborées

On a également pensé que l’homme préhistorique peignait de manière spontanée, en fonction de son inspiration. Il n’en est rien non plus. Les peintures sont souvent réalisées sans retouches. Cela indique que les artistes devaient être sûrs de leur technique pour appliquer les pigments sans repentir. Ils devaient donc s’entraîner, se former. De plus, aller au fond d’une grotte, sans lumière naturelle pour peindre à des hauteurs dépassant la taille d’un être humain, pour appliquer des couleurs en geste précis ne se faisait pas sur un coup de tête. Par comparaison, les graffeurs d’aujourd’hui ne créent pas leurs œuvres sur une impulsion. Ils préparent leur composition, choisissent avec soin leurs couleurs et leurs supports. Homo sapiens opérait de la même manière. Il devait déjà prévoir un système d’éclairage pour pénétrer dans la grotte, l’explorer et repérer les parois qu’il ornerait. Ensuite, il lui fallait choisir ses motifs et préparer ses couleurs. Pas de marchand de couleurs, durant le Paléolithique…

Lampe brûloir

Lampe brûloir
Issu de la grotte de Lascaux
Musée National de la Préhistoire, Les Eyzies-de-Tayac, France

L’homme préhistorique devait donc déjà trouver ses pigments, pour enfin préparer ses couleurs lui-même. Charbon de bois ou oxyde de manganèse pour les noirs, ocres variant du jaune-orangé au rouge-brun suivant leur teneur en oxyde de fer. Peindre nécessitait aussi des outils : pinceaux végétaux, pierre taillées pour graver, matériaux permettant de se hisser en hauteur, source de lumière. Astucieux il se servait également de sa main pour composer des formes, utilisait la technique de la peinture soufflée.

La visite de la grotte de Niaux illustre bien la complexité de la tâche : une grotte longue de 4 km au bout de laquelle on trouve le Salon Noir. Son nom est dû à la quasi monochromie des peintures, mais aussi au fait que l’on s’y trouve dans le noir absolu. C’est l’une des rares grottes originales que l’on peut encore visiter. C’est un périple qui se fait à l’aide de lampes torches diffusant une lumière spécifique, pour préserver les peintures. Certains guides plongent les visiteurs dans ce noir absolu, expérience unique et prégnante, qui fait prendre conscience des difficultés que devaient surmonter les artistes préhistoriques pour parvenir à s’exprimer.

4. Que peint-on au Paléolithique Supérieur ?

Une représentation du monde vivant

Représentation pariétale de cheval

Représentation pariétale de cheval
Grotte de Lascaux, Montignac-sur-Vézère, France

Les grottes ornées représentent des animaux. Les plus fréquents sont des chevaux, bisons, cerfs et aurochs. On trouve aussi parfois des ours et des lions des cavernes, des bouquetins. Plus rarement, les artistes ont peint des oiseaux, poissons, loutres ou marmottes. Ce bestiaire est présenté pour lui-même, sans être inscrit dans un paysage. C’est l’animal qui intéresse le peintre, pas le contexte.

Dans certaines grottes, comme Niaux, Alta-Mira ou Pech-Merle, les artistes ont utilisé les aspérités des parois pour donner du relief aux mammifères. Ainsi, dans la Salon Noir de la grotte de Niaux, on peut admirer un bison dont l’encolure est marquée par un léger renfoncement du mur, ce qui lui confère un relief tout particulier. L’artiste l’a également doté d’un œil qui semble suivre le mouvement du spectateur. Les bisons de la grotte d’Alta-Mira, pour leurs part, sont peints sur des reliefs cylindriques, donnant l’impression de regarder un troupeau au repos vu de haut.

Et déjà une capacité à l’abstraction

Signes paléolithiques

Typologie des signes du paléolithique supérieur
répertoriés en France
d’après les recherches de Genevieve von Petzinger

Autour des ces animaux, on trouve parfois des mains en positif (trempées dans les pigments) ou en négatif (main servant de pochoir autour de laquelle de la peinture est soufflée). Il y a également de nombreux signes : points, traits, grilles, flèches. Tout un langage dont nous ne savons rien et qu’il est impossible, pour le moment, d’interpréter.

L’art pariétal est donc bien une tâche complexe qu’Homo Sapiens avait déjà les capacités d’accomplir. Les difficultés matérielles ne laissent aucun doute sur une intention consciente, une volonté affirmée. Enfin, il était doué de capacités d’organisation, de planification, d’un imaginaire symbolique et de capacités d’abstraction comme en témoignent les signes et symboles.

5. Que sculpte-t-on au Paléolithique Supérieur ?

Les Vénus paléolithiques

Vénus de Willendorf

Vénus de Willendorf (-24 000 à -22 000)
Calcaire, 11 cm
Musée d’histoire naturelle de Vienne, Autriche
Photo : Don Hitchcock, 2015

Les plus anciennes sculptures représentent essentiellement des femmes. Les statuettes sont connues sous le vocable « vénus paléolithiques ». On en dénombre près de 250 à ce jour (hors Vénus de Berekhat Ram et de Tan-Tan qui font encore polémique). Elles ont été découvertes essentiellement entre les Pyrénées et la Russie, autour de la Méditerranée. Elles sont particulièrement concentrées dans les zones pyrénéo-aquitaine et rhéno-danubienne. Leur production s’étale sur près de 25 000 ans (≈ – 37 000 à – 12 000). Elles sont réalisées dans des matériaux variés (os, ivoire, pierre, terre cuite).

Si leur esthétique diffère, elles possèdent des caractéristiques communes. Elles sont de petites tailles, entre 3 et 25 cm, pour être faciles à transporter par un Homo sapiens encore nomade et chasseur-cueilleur. Beaucoup sont des sculptures portatives. Certaines, comme la Vénus de Hohle Fels, ont été conçues pour être portées en pendentifs, comme des amulettes.

Une esthétique choisie

La plupart d’entre elles a des parties du corps sur-développées : hanches, seins, abdomen, fesses cuisses. En revanche, d’autres parties du corps sont à peine esquissées comme les bras, les pieds ou la tête. Non pas que nos ancêtres ne savaient pas les représenter, on peut constater avec la Dame de Brassempouy qu’ils étaient capables d’une grande finesse d’exécution. Ils ont délibérément choisi d’accentuer certains traits. Mais il est difficile aujourd’hui de savoir à quel usage ces sculptures étaient destinées. Les chercheurs pensent qu’elles incarnaient la fécondité à laquelle nos ancêtres auraient voué un culte. En l’absence d’autres hypothèses crédibles, c’est la plus acceptée. Mais il n’y a actuellement pas d’éléments scientifiques pour étayer cette théorie. On ne sait pas si ce culte concernait spécifiquement la procréation et la maternité. Il pourrait aussi s’agir d’une représentation de la fertilité de la terre, mère nourricière des chasseurs-cueilleurs.

Les archéologues les on retrouvées essentiellement sur des lieux de vie, parfois proches de sépultures, mais jamais dans des tombes. On peut donc en déduire, en l’état actuelle des connaissances, qu’elles accompagnaient les vivants et non les morts. Certaines ont été découvertes dans des contextes évoquant des rituels. A défaut d’information sur ces éventuels rituels, il est délicat de fournir une interprétation.

Les seules certitudes que nous ayons est qu’Homo sapiens (et peut-être même déjà les derniers homo erectus) disposaient d’une faculté d’abstraction, d’un imaginaire symbolique et de valeurs centrées sur la vie. Nos ancêtres n’étaient donc pas si éloignés de l’homme moderne dans leur relation au monde qui les entourait. Seules les techniques ont évolué.

6. La Préhistoire, une aventure encore inachevée

Nous manquons encore de clés de lecture, malgré un matériel archéologique riche et varié. Toute nouvelle découverte peut, à tout moment, bouleverser les théories les plus consensuelles. Cette zone d’ombre de l’histoire de l’Humanité crée du mystère. Elle résiste encore à notre soif de savoir. La Préhistoire demeure donc un terrain encore largement en friche, une aventure aussi vivante que passionnante. Malgré notre technologie, il nous est impossible aujourd’hui d’avoir des certitudes. A moins de voyager dans le temps, il est peu probable que nous puissions un jour obtenir des réponses définitives sur nos ancêtres les plus lointains. Aussi, ne saurons-nous peut-être jamais répondre à la question essentielle : pourquoi l’homme a-t-il eu besoin, au cours de son développement, de s’exprimer à travers l’art ?

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